En français, on parle de tisaneur ou de tisaneuse, selon le néologisme crée par le botaniste Roger Lavergne. Ils ont joué un rôle fondamental dans l’organisation et la survie des groupes sociaux de l’île. La tisanerie est une tradition ancestrale à la Réunion qui se transmet de génération en génération. Si les tisanes guérissent certains maux, elle ne supplante pas la médecine traditionnelle. De nos jours les amateurs ramassent herbes et fleurs pour confectionner des tisanes et les vendent les jours de marché à Saint-Pierre, Saint-Paul ou au Port. D’autres comme Marie, qui a souhaité rester discrète, soigne famille, enfants et amis à l’aide de plantes de son jardin et des chemins alentours.
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| Caloupillé |
Au fond d’une impasse des hauteurs de Saint-Pierre, la maison de Marie, 54 ans, résonne encore des cris des enfants dont elle s’occupe avec amour. Un petit rhume, les bronches encombrées? Direction le jardin qui semble presque se faire une place sous la varangue. Muguet, feuilles de mûrier, caloupillé, feuille de grenadine (qu’on appelle aussi fruit de la passion), jujube, aloès, brède morongue…autant des plantes communes qui entrent dans la composition de ses tisanes. La «tisaneuse» le dit tout naturellement: «nous avons six enfants et nous n’allons pas si souvent chez le médecin. Evidemment lorsqu’il s’agit d’une maladie grave où d’une trop forte température, il n’y a pas d’hésitation à avoir ».
Pour un adulte qui a de la fièvre, Marie confie une recette traditionnelle qui consiste à faire bouillir trois à quatre cœurs de cerise, un morceau de safran cru, deux « poc-poc » et en boire plusieurs fois par jour jusqu’à disparition des symptômes. Son mari, qui connaît lui aussi bien la question, précise: «il faut faire très attention au dosage, pour un enfant ce n’est pas la même chose et pour les nourrissons on préfère les médicaments, c’est pour cela que se soigner de cette manière n’est pas à la portée de tout le monde!» Cette femme expérimentée a été initiée dès son plus jeune âge par sa grand-mère qui l’a élevé et dont elle s’est occupée à son tour. Dans la famille, leur fils Pascal a pris la relève et tous les enfants s’y intéressent. Angélique, encore adolescente, prend plaisir à faire visiter le jardin et à en montrer toutes les plantes. La transmission des savoirs est essentielle pour l’avenir de cette pratique ancestrale.
Plantes endémiques, exotiques, indigènes, en voie de disparition… L’île de la Réunion, aussi bien sur le littoral qu’en surplomb et dans les hauteurs, fourmille de fleurs, de lianes, de bois de senteur… On y trouve des espèces malgaches, africaines, indiennes et australiennes parmi d’autres apportées par l’homme au fil de ses arrivées.
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| Jujube et grenadine |
Si le tisaneur exerce normalement son art dans le respect de la nature et en veillant au renouvellement, il n’en est pas toujours ainsi. D’autant qu’il est de plus en plus difficile de trouver de bonnes plantes, souvent saturées de produits dangereux comme les pesticides et insecticides. Jerôme Legros de l’association des Trois Salazes, à Cilaos est plutôt positif : « la Réunion a au moins 200 micro-climats alors on trouve beaucoup de choses partout. Cela dit, il est difficile d’obtenir des plantes de qualité, c’est pourquoi nous avons une plantation bio et nous recevons touristes, curieux et scolaires sur le site ». Leur but est aussi de sortir la tisanerie réunionnaise des hauts et de sa régionalité. C’est pourquoi ils ont participé au salon de l’agriculture au début du mois de mars et que l’ouverture d’une boutique pour commercialiser les plantes séchées est prévue à Saint-Pierre le 7 avril prochain.
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17 septembre 21 septembre

