La cour à la Réunion désigne le plus souvent un fragment d’espace à l’avant de l’habitation. Un lieu social particulier, de transition entre la rue et la maison ("la kaz"), délimitée par des haies vives ou entourée d’une palissade fermée par une grille ("baro").
Autrefois faite de terre battue, elle servait d’espace de jeux aux enfants. Les filles jouaient à la marelle et les garçon à la toupie.
La cour est aujourd’hui essentiellement dédiée à la passion des fleurs ornementales. Passion très répandue dans l’île, le climat tropical humide permettant la diversité, l’adaptation et l’exubérance qui caractérisent les jardins créoles.
La cour est le lieu où l’on vient chercher fraîcheur et sérénité apportées par le végétal.
Il faut faire la distinction entre la cour de la demeure de maîtres, d’inspiration française ou anglaise aux formes géométriques au milieu de laquelle trône souvent une fontaine et la cour de la maison modeste.
C’est dans cette dernière que s’exprime davantage la diversité culturelle réunionnaise car elle est composée de divers petits espaces ayant chacun une fonction bien particulière.
C’est aussi un lieu de conventions sociales qui a ses règles. On n’entre jamais dans une cour sans de lancer un « na kelkin ? » signifiant « il y a quelqu’un ? ».
Une fois cette politesse accomplie, on peut entrer sans même attendre de réponse. L’impression première qui règne est celle d’un fouillis inextricable, mot couramment employé pour définir le jardin créole.
Les espèces plantées à l’entrée ont pour fonction de protéger les occupants. On y voit par exemple des variétés d’épineux telles que les « couronnes » de jésus pour chasser les mauvais esprits.
Ce qui domine dans la cour créole se sont les vivaces pour leurs capacités à se reproduire, les capillaires, quelques arbres fruitiers et un espace dédié aux plantes aromatiques et médicinales. Ce type de jardin, de composition rustique, est aussi appelé jardin de « curé ».
Son jardin possède sa personnalité et son ambiance. On s’attache à y mettre la plus grande variété afin qu’il soit fleuri tout au long de l’année.
Le jardin est un véritable art de vivre et par son foisonnement, il traduit la densité des forêts réunionnaises. On dit que c’est la Réunion en miniature. Selon les termes d’Isabelle Hoarau, anthropologue, « Le visiteur à la recherche de l’âme de cette île pourrait la découvrir dans la beauté des fleurs qui entourent la plus humble case ».
Même si les temps évoluent et que l’entretien du jardin est de plus en plus assuré par les hommes, la cour créole reste encore l’espace de la femme. Yves Colette, paysagiste et féru de botanique, l’avoue volontiers. Leur jardin sis dans les hauteurs de Saint-Denis à la Bretagne, est le fruit du travail de sa femme. Il peut aussi être l’œuvre des gramounes (personnes âgées).
Quand le sol n’est pas plat, le relief est donné par les différences de niveaux. La structure paysagère de la cour est donc variable et il n’y en a pas un seul modèle. Cependant les idées forces que l’on retrouve partout sont : abondance de formes et de couleurs, accumulation et mélange.
De nos jours, le gazon a remplacé la terre battue et les parterres sont très chargés.
Les variétés les plus répandues dans les jardins créoles sont les anthuriums, bougainvilliers grimpants, frangipaniers blancs ou roses, dahlias, œillets d’Inde, fushias , hibiscus, roses, crotons etc… mais l’espèce la plus noble demeure l’orchidée. On en trouve régulièrement dans le jardin, une petite serre lui est réservée. Depuis les premières floralies en 1973 et l’apparition des pépinières, les jardins ne cessent de s’enrichir de nouvelles variétés. Les jardins créoles font aussi le bonheur des collectionneurs et des botanistes.
Les véritables jardins traditionnels se trouvent dans le sud et le sud-est de l’île, dans la région de la côte au vent où l’humidité est plus abondante.
Si un seul mot doit définir le jardin créole, c’est celui d’Eden. Vivant, il perdure car on lui prodigue les soins les plus attentifs.
La Réunion compte plus de 120 variétés de fruits tropicaux. On trouve dans les jardins : la goyave, la grenadine, l'évi, le carambole, et bien entendu la banane, la mangue, le letchi et quelques agrumes. De nombreux ouvrages sont consacrés aux plantes médicinales de l'île. La médecine par les plantes est une pratique courante et le jardin est un lieu où l'on trouve les premiers remèdes à de nombreux maux. |
Pascale Kouassigan-Jubin
D’après Isabelle Hoarau et Yves Colette

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22 novembre

