Cilaos est le seul village parmi les départements d'Outre-Mer à cultiver la lentille. Autant dire que cette culture fait figure de véritable tradition. Ancrée dans le patrimoine réunionnais, elle se transmet de génération en génération. Pour autant, il est difficile pour les planteurs de vivre uniquement de la production de lentille. Le gros du travail reste manuel et le prix élevé (10 à 12 € le kilo). La commune de Cilaos entend protéger l'activité et de la développer sous la houlette de l'Association des Producteurs de Lentilles de Cilaos (APLC).
20 tonnes en 2001, 50 en 2004. En 2006, Cilaos élève sa production de lentilles à hauteur de 80 tonnes et entend atteindre les 140 dans les années à venir.
Une belle ambition pour ce secteur traditionnel et quasi-artisanal qui date du 18ème siècle et se transmet de génération en génération.
Depuis 2001, le conseil Départemental de la Réunion permet aux membres de l'Association des Producteurs de Lentilles de Cilaos (APLC) de ne payer que 25 % du prix des produits phytosanitaires. Une seconde aide est allouée aux adhérents afin de les inciter à utiliser la table densimétrique pour le triage final de la production. Celle-ci permet d'éliminer les ultimes déchets comme la poussière, la paille et les cailloux. Cependant, certaines machines se sont avérées peu efficaces et d'autres outils trop encombrants sur un terrain si escarpé. Ainsi, le semis se fait toujours à la main. Les planteurs s'entraident. Ils se retrouvent chez un producteur pour semer un jour, le lendemain chez un autre. Sur un hectare de lentilles, il faut compter environ 20 personnes qui ensemensent. Seuls 10 % des terrains disposent d'un petit semoir mécanique.
Les batteuses mécaniques sont de plus en plus nombreuses et les producteurs se louent leur matériels entre eux. Un quart de la récolte reste battue à la main. Les plants sont arrachés puis laissés à sécher au soleil sur la parcelle pendant 4 jours.
Enfin, les lentilles sont conditionnées par leurs producteurs qui achètent des sachets à l'association sur lequel figure le logo de l'APLC.
Améliorer la commercialisation
L'avenir de la lentille de Cilaos ne serait rien sans l'effort déployé par tous ses acteurs dans la commercialisation. L'idéal pour l'APLC : obtenir un signe de qualité et de protection de la lentille de Cilaos (Label Rouge ? AOC ?) afin de lutter contre les contrefaçons.
Enfin, depuis le mois d'août dernier, la lentille est commercialisée dans certaines grandes surfaces réunionnaises : « Au départ nous avions démarché une chaîne de supermarchés afin d'écouler le stock de 2005. Et du coup, on nous en redemande pour la récolte 2006 », se félicite Vincent Dusetter, de la chambre d'Agriculture de la Réunion. En revanche, la quantité reste insuffisante pour gagner la métropole et viser l'exportation.
Pas une sorte de lentille mais au moins plusieurs variétés mélangées. Les lentilles de Cilaos se composent d'au moins six graines différentes. La cause ? Depuis le 18ème siècle chacun y est allé de sa poignée de graines. Aujourd'hui, des recherches vont permettre de différencier et d'améliorer les semences. Dans un souci de qualité, les lentilles de Cilaos souhaitent, en effet, leur propre label.
Objectif : obtenir un signe de protection et de qualité de la lentille de Cilaos. Pour ce faire, l'APLC vise le label. Label Rouge, AOC ? Nul ne le sait aujourd'hui. L'heure est à la recherche : améliorer la qualité du grain et déterminer la variété « Lentilles de Cilaos » et tous produire les mêmes lentilles.
« Aujourd'hui la lentille de Cilaos est constituée d'au moins six variétés différentes. On imagine qu'au 18ème siècle lorsque la culture a démarré, chacun y est allé de sa poignée de lentilles. Résultat, il faut faire des recherches sur les cultures afin d'améliorer la semence et pour déterminer au moins s'il existe des champignons », explique Vincent Dusetter de la chambre d'Agriculture de la Réunion. Les gramouns (*) disent en effet que leurs lentilles ne sont plus ce qu'elles étaient dans le temps. « C'est pourquoi, avec la collaboration de l'Association Réunion pour la Modernisation de l'Economie Fruitière, Légumière et Horticole (ARMEFLOR), nous voulons découvrir s'il y a dans les lentilles de Cilaos une variété à l'origine de cette dégénérescence », continue Vincent Desutter.
(*) Personnes âgées
Comme chaque année depuis 15 ans, Cilaos vibre au rythme de la Fête des Lentilles jusqu'au dimanche 15 octobre. Les producteurs ont mis les petits plats dans les grands pour accueillir le public et proposer leurs produits.
La vedette de la fête s'affiche sous multiple forme. La plupart des étalages arborent des sacs de 500g et d'1 kg de lentilles portant le logo de l'APLC. D'autres n'affichent rien, juste le nom est l'adresse du producteur.
« Les clients préfèrent acheter des lentilles traditionnelles. Nous faisons partie de la coopérative de l'APLC mais nous préférons tout de même vendre aussi des lentilles sans leur logo », explique Emmanuelle Grondin. Arsène, son époux, cultive les lentilles de père en fils depuis des générations. Ce dernier adhère à l'Association des Producteurs de Lentilles de Cilaos. Sur son stand, il commercialise bien des sachets étiquetés APLC et des lentilles à son nom. A l'intérieur des deux types de sacs : les mêmes lentilles, produites de la même manière et vendues au même prix. Tout est donc une question de packaging : « Nous vendrons plus de sachets qui portent notre nom que celui de la coopérative », assure la productrice.
Juste à côté du stand des Grondin, Noël Payet expose, comme pratiquement tout le monde, de nombreuses bouteilles de vin de Cilaos. Cette fois, nous trouvons uniquement des sachets portant le sigle de la coopérative. « J'adhère à la coopérative et je ne vois pas pourquoi je ne vendrais pas mes lentilles dans des sachets qui en portent le logo. Ce que fait l'Association des Producteurs de Lentilles de Cilaos fait avancer notre métier. Et surtout, grâce à l'adhésion je bénéficie d'une importante remise sur les produits phytosanitaires », répond-il.
D'autre producteurs, comme Marie-Annick Gonthier qui ne produit pas beaucoup de lentilles, n'utilisent pas les moyens mis à disposition par l'APLC. « L'utilisation de la table densimétrique est payante (10c/kilo) et les sachets aussi (20c le sachet). Nous ne cultivons que 200 m2 de lentilles, cela ne vaut pas le coût ». En outre, elle avoue adhérer à l'association afin de profiter elle aussi des prix avantageux sur les produits.
Maryse et Jean-Paul, arpentent les stands. Les deux vacanciers chargés de sacs ont profité de la Fête des Lentilles pour faire des emplettes. Alors : plutôt « lentilles traditionnelles » ou « coopérative » ? « Nous avons acheté des lentilles à Mme Gonthier. Ce sont des lentilles artisanales à 100 %. C'est ce que nous recherchions en venant à Cilaos. Cela ne veut pas dire que les lentilles qui portent le nom de la coopérative ne le sont pas mais c'est pour le folklore. Ça fait plus rural ! »
Retrouvez les coordonnées des producteurs de lentilles.
La quiche aux lentilles de Cilaos à l'espadonPour 4 personnes | Boucané aux lentilles de CilaosPour 4 personnes |
Textes : Laurène Mazier

Expositions :
28 aout 31 aout

