Dans un contexte national et international très particulier, Christiane Taubira revient sur la colonisation dont la société française est l’héritière, rappelle les enjeux de la loi du 10 mai 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité, et répond point par point à ses détracteurs dans Egalité pour les exclus, paru en mai 2009 chez Temps Présent.
En décembre 2005, 19 éminents historiens français lancent la pétition Liberté pour l’histoire pour dénoncer les lois mémorielles, dont la loi Taubira de 2001. L’affaire divise la communauté historienne comme l’opinion publique. Les politiques doivent-ils se mêler d’histoire ? Qu’en est-il en particulier de l’histoire et de la mémoire coloniales dont la France contemporaine est l’héritière ? Depuis, la polémique ne cesse de rebondir.
Décision-cadre européenne sur la question des génocides, crimes de guerre et crimes contre l’humanité en 2007 ; création d’une Mission parlementaire sur les questions mémorielles en 2008 ; appel de Blois signé par des centaines d’historiens à travers le monde, dont le pamphlet Liberté pour l’histoire cosigné par Pierre Nora et Françoise Chandernagor (CNRS Editions, septembre 2008) développe les principaux arguments ; élection vécue comme un exploit d’un noir à la Maison-Blanche ; crise outre-mer d’une exceptionnelle gravité… Autant d’événements qui donnent à la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai prochain, qui est aussi le 8ème anniversaire de la loi Taubira, une coloration toute particulière.
Quel rapport entre la crise outre-mer, l’élection de Barack Obama vécue comme un exploit ou le drame de Clichy ? Quel rapport avec la loi Taubira reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, et de-venue le symbole des lois mémorielles ? Est-il légitime que les politiques se mêlent d’histoire ? A quand l’égalité pour les exclus de notre histoire et de notre mémoire coloniales ? A quand surtout l’égalité pour leurs descendants, exclus de la vie politique, économique et culturelle de la Nation ?
Régulièrement accusée de remettre en cause la liberté des historiens (enseignants et chercheurs), accusée surtout d’ouvrir la « boîte de Pandore » - concurrence des mémoires, communautarisme, fragilisation de la France dans la repentance -, Christiane Taubira répond ici point par point : pour éclairer la ré-flexion, essentielle dans une démocratie, sur l’articulation entre l’Histoire, la Mémoire et la Loi. Mais aussi et surtout pour défendre la fierté des vivants et la mémoire des morts de cette histoire coloniale dont la société française est l’héritière. Fierté des vivants qui est un élément essentiel de structuration d’une identité française apaisée. Mémoire de tous ces morts qui, quelle que soit la couleur de leur peau, portèrent témoignage, à contre-courant de leur temps, d’une certaine idée de l’Homme, de sa dignité et, pas si accessoirement que cela, de la France.
Une leçon d’histoire et de politique servie par une plume généreuse et acérée !
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Créée en 1937 par Ella Sauvageot (fondatrice des Publications de la Vie Catholique) avec entre autres François Mauriac et Jacques Maritain, engagée aux côtés des Républicains espagnols, contre le nazisme puis en faveur de la décolonisation, la maison d’édition Temps Présent reprend du service pour susciter des débats dans la société et faire entendre des voix singulières dans un contexte de « prêt-à-penser » généralisé.

Concerts :
26 mars


