
Dimanche après-midi, nous sommes réunis et une certaine impatience se lit dans nos yeux : il va bientôt s’envoler !
Un « Zwazo la kol », c’est ainsi que nous qualifions ce genre d’oiseau. Et pour cause, ce martin triste a été capturé jeune, a pour ainsi dire grandi dans cette cage, a été choyé et a faculté de parole puisqu’on lui avait coupé le «filet ». En d’autres termes, un être civilisé ! A bien analyser, le jour où on lui a pris sa liberté, on lui a donné la parole !
Il nous manquera, tout comme cette mélodie qu’il aime à siffler… Est-il jamais trop tard pour retrouver sa liberté ? Il faut dire que la personne qui prenait vraiment soin de lui n’est plus…
C’est maintenant imminent et en cet instant, alors qu’il se bat pour rouvrir ses ailes, je suis là à ses côtés et repense à tout ce que notre famille a traversé…
Mes mots sont aujourd’hui empreints de sérénité mais il n’y a pas si longtemps encore c’était la peine, la colère et un sentiment d’injustice qui l’emportaient. Et parce-que la mort frappe sans prévenir, cela fait d’autant plus mal qu’elle prend ceux qui vous sont le plus chers !
Je me souviens, nous avions fini de l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure…
Que de chemin parcouru, en passant par
- Le bouleversement, à se demander, comme depuis le bord de la falaise de son destin, s’il faut s’abandonner ou se relever et reprendre son chemin de vie
- Le doute qui s’insinue, comme la confiance se dérobe, à en faire oublier ses propres valeurs
- Cilaos (de son nom malgache Tsilaosana), au cœur des montagnes, au cœur de l’île, dans cet ancien repère de marrons, d’esclaves qui se voulaient libres, afin de respirer, de reprendre son souffle, de retrouver ses esprits : que cela fît du bien !
- Les mots justes pour dire à Mon frér que notre souffrance ne doit nous empêcher de continuer à vivre dans ces traditions, dans ces belles valeurs que l’être aimé nous a données car c’est bien ce qu’il aurait souhaité que nous fassions : la vie continue !
Et le regard qui porte sur le monde
- L’argent, le pouvoir, sont la cause de trop de dérives : « Amwin i fé larzan, la pa larzan i fé amwin » (c’est moi qui possède l’argent et non l’argent qui me possède) aime à dire Christa*
- Il est étrange que Koté-la/là où s’observe la grande misère, s’observe juste à côté/koté-laminm la grande richesse: la volonté divine n’y est pour rien, l’homme en est indubitablement responsable !
- La protection de l’environnement, les catastrophes écologiques sont l’affaire de tous : la théorie en rapport avec les battements d’ailes du Papillon est bien vraie mais pour combien de temps encore ? Les dispositions politiques prises permettront de limiter les dégâts encore faut-il que l’action suive la parole
Jusqu’à l’acceptation,
- L’être cher, en effet, ne reviendra plus : il est comme le soleil qui se couche ici-bas et se lève au-delà
L’éveil (le regard se porte alors sur l’autre monde)
- cette sensation nouvelle et étrange qui donne à croire que la mort est tel un miroir au plus près duquel se voit la vie, comme dans une corrida, comme dans un kabar
- Quand une forme de sagesse s’installe, l’envie de vivre sa spiritualité, tout en respectant celle des autres, de manière simple s’impose comme une évidence. Il faut pour cela se rappeler d’où l’on vient et s’en référer aux anciens. Malheureusement il y a une tendance à s’embarquer dans des pratiques et croyances parfois dépourvues de sens pour soi !
- Les frontières de la vie sont au-delà de ce que l’on voit.
Regarder l’autre, venant d’un ailleurs, au-delà de son apparence physique, l’écouter au-delà de ses mots, le prendre pour ce qu’il est, un semblable, n’est pas chose aisée et pourtant à la portée de tous
Et enfin la sérénité
En soi, An mwin/en moi, Il est bon de prendre soin du souvenir comme on prend soin des fleurs de son jardin
Oh voilà, il est parti, il a rejoint ses semblables !!!
Nous ne t’oublierons jamais, envole-toi, va en paix, ta vie t’appartient maintenant, tu es libre !
Adieu !
Un Kabar pour parler de la vie, pour faire témoignage, pour rendre hommage, pour célébrer
Un Kabar où les êtres se retrouvent, se rencontrent,
Un Kabar comme une invitation, un message de paix déposé aux hasards des chemins de la vie pour qui le veut, quand d’autres choisiraient une bouteille pour y enfermer leur détresse ou leurs vœux et laisseraient leurs quelques mots errer dans une mer d’espérance jusqu’à ce qu’ils trouvent une âme sensible et généreuse.
Un Kabar pour les dernières paroles, celles-là même qui ne sortent pas toujours au moment fatidique tant elles croulent sous le poids de la peine, mais qui surgissent parfois un peu plus tard, sans prévenir
Un Kabar pour présent
Un Kabar pour simplement parler De vous à moi.
Kabar est un mot d’origine malgache.
Il désigne une sorte de réunion, discussion autour de différents thèmes en rapport avec ce qui se passe dans le village, dans la société. A la Réunion, il indique une soirée au cours de laquelle on va danser, chanter maloya. Il peut aussi y avoir une connotation spirituelle (on parle de « service kabaré » pour la cérémonie malgache). En effet, au moyen de rituels, les pratiquants invoquent, convient des esprits afin de leur rendre hommage, donnant ainsi une toute autre portée à la mort.

Divers :
22 novembre

