La Réunion a connu bien des personnages importants dans l’histoire de son développement. Bercée de légendes, de croyances mais aussi de faits réels et avérés, l’île demeure aujourd’hui marquée des ancêtres et de leurs actes. Madame Desbassyns se situe entre croyance et réalité : bien réelle par ses actions, elle ne reste pas moins un personnage énigmatique et hors du commun. Connue pour son large patrimoine agricole, ses propriétés terriennes et son sens des affaires, elle détenait aussi près de 800 esclaves à ses ordres. Retour sur une adepte du Code Noir qui laisse une empreinte conséquente à notre île…
Marie Anne Thérèse Ombline Gonneau-Montbrun, née à Saint-Paul en 1755, deviendra Madame Desbassyns en 1770 en épousant un homme d’affaire conséquent : Henry Paul Panon. À la mort de son mari en 1800, la mère de neuf enfants hérite d’un capital financier et terrien très important et de plus de 400 esclaves.
Bien des gens à l’époque auraient pensé qu’une femme n’aurait pu gérer à elle seule un tel empire, mais au contraire, c’est avec force et courage que la veuve s’occupe de son héritage. Elle entreprend d’immenses rénovations pour améliorer les conditions de travail et donc, les revenus.
Outre la puissance économique que représente à elle seule Madame Desbassyns, elle a aussi réussi à conquérir le cœur des réunionnais et visiteurs importants grâce à son « cœur charitable ». En effet, elle accueille dans sa maison de Saint-Gilles les hauts, tous les malades, officiers prisonniers pour leur redonner force et vigueur à l’air pur. Ces gestes lui vaudront le titre de « Seconde providence » décerné par le gouverneur de l’île.
Pendant de nombreuses années, Madame Desbassyns mettra tout en œuvre pour combler le retard technologique avec la métropole en s’entourant de scientifiques réputés. Bien que la vie économique accapare son temps, la maîtresse de maison n’en demeure pas moins un hôte excellent. Elle recevra ainsi de nombreuses personnalités de l’époque tels que des officiers, gouverneurs, membres du clergé. Ces affinités créeront avec le temps des inimitiés chez certains colons de Bourbon.
Mais ce qui fait la popularité de Madame Desbassyns est incontestablement les esclaves qu’elle possédait : près de 800 qu’elle gardait dans ses propriétés de Saint-Gilles les Hauts. Les rumeurs vont bon train encore aujourd’hui pour dire que la riche propriétaire traitait ses esclaves en appliquant à la lettre le Code Noir de 1723 : avec sévérité, sans aucune compassion. Des prisons de torture de la Rivière des Pluies aux locaux délabrés de Saint Gilles les Hauts, tout laisse penser que Madame Desbassyns n’était pas tendre avec ses esclaves.
Mais qui le fût ? Selon les rumeurs, les idées divergent. Certains pensent que la veuve ne traitait avec décence que les meilleurs travailleurs mais pouvait aussi se montrer impitoyable avec les moins bons. Toujours est il qu’aujourd’hui, Madame Desbassyns reste une figue emblématique de Bourbon. Que ce soient par ses actes bienveillants ou par l’ignominie de l’esclavage, elle a marqué son époque et laisse derrière elle un passé douteux mais exemplaire.
Textes : Béatrice Gonthier
Pour se rendre au Musée de Villèle : Suivre la route du théâtre jusqu’à Saint-Gilles les Hauts. Prendre à droite en face de la Chapelle pointue.

Divers :
06 decembre

