Faire découvrir le patrimoine réunionnais sous toutes ses formes, c’est la mission que mène avec brio le Pays d’Art et d’Histoire, « les portes du Sud ». Pendant la fête de la Saint-Louis, le dernier week-end d’août, les visites guidées étaient gratuites pour tous. Pour découvrir la manière dont les Réunionnais d’antan relevaient le défi de l’eau, rendez-vous à la rivière Saint-Louis, dans un site au panorama exceptionnel, les vestiges du canal des Aloès.
Un point de vue dans les hauts de la rivière Saint-Louis. En face, le bras de Cilaos. De hautes falaises et caché derrière, le village de l’Entre–Deux. Marcel, le guide, donne une petite leçon de géologie : « de ce côté, le massif du Piton des Neiges, et là les pentes du Piton de la Fournaise. Entre les deux, un cours d’eau a formé au fil des siècles une immense ravine qu’on appelle le bras de Cilaos ».
Lorsque la rivière est en crue, elle charrie plus de deux cent mètres cubes d’eau par secondes. Au loin, on aperçoit le lieu-dit des Aloès. Au temps des voitures à bras, c’était un village de porteurs. La haute société s’y rendait pour se faire transporter jusqu’à Cilaos et profiter d’une cure thermale. C’est de là que partait le canal des Aloès, dont les vestiges ont été aménagé par une association, et qui courait alors sur plus de deux kilomètres, jusqu’à Saint-Louis.
Ce canal est le dernier réalisé dans cette région, il fut utilisé jusque dans les années quatre-vingt. Sa construction date des années 1860-1870 par M. Kerveguen qui était alors le plus grand propriétaire terrien du sud avec plus de trois mille hectares de terre, de Cilaos jusqu’au littoral. Son utilisation était multiple, irrigation des champs de canne principalement mais l’eau servait aussi à un usage domestique. Marcel rappel qu’à l’époque il y avait à Saint -Louis plusieurs petites usines, de farine, de tapioca et même une petite centrale électrique fonctionnait grâce à cette eau.
Au détour d’un virage, un ancien employé de ce chantier est planté paisiblement devant le paysage, les pieds dans le vide. Il raconte : « on venait nettoyer tout le temps et faire des travaux de maçonnerie, on utilisait la paille de la canne, des pierres, du sable et de la chaux pour colmater les brèches. L’eau montait très haut, le débit de la rivière était bien plus important que maintenant. Et puis elle était bonne à boire ».
Touristes ou Réunionnais, peu de gens connaissent l’histoire du transport de l’eau. Le travail colossal effectué par les anciens, force le respect. On s’aperçoit alors combien notre vie moderne est simple. Présente sur les lieux, une jeune femme professeur est bien décidée à partager ce savoir nouveau avec ses élèves : « c’est intéressant de revenir avec les enfants car beaucoup connaissent très mal leurs origines. Connaître leur passé leur permettrait d’envisager mieux leur avenir ».
A flanc de falaise, le canal ne va plus jusqu’au village mais sa conservation permet d’observer un savoir faire qui date de l’époque romaine. En pente douce, l’eau remontait jusqu’à Saint-Louis. Mais comment ? Notre guide l’explique à un public tout ouïe : « l’eau par sa force naturelle, descend avec une certaine vitesse, une certaine énergie puis elle s’engouffre dans un entonnoir. Son énergie est alors canalisée et l’eau par gravitation va remonter jusqu’en haut ».
Informations pratiques :
La visite complète du circuit des canaux comprend aussi la prise d’eau du canal Saint - Etienne et la source du domaine Larée. Elle se fait en bus et à pied. Quinze places sont disponibles.
Renseignements et réservations au 02 62 96 29 10- Visite : 5 ou 3 euros.
Le Pays d’Art et d’Histoire organise de nombreuses visites gratuites pendant les journées du patrimoine, les 15 et 16 septembre prochain.
Texte et photos : Fanny Peroz. Août 2007.

Expositions :
02 octobre 22 octobre

