Après une tournée nationale et un passage remarqué au festival du Printemps de Bourges, le musicien revient sur le devant de la scène réunionnaise, avec en point d’orgue un concert à la Ravine Saint-Leu, samedi 28 avril. Rencontre.
Vous êtes aujourd’hui dans une quête identitaire et dans votre musique vous défendez ce que l’on appelle aujourd’hui la « créolité » .
Est-elle menacée ?
Non, je ne le crois pas. Cependant, la créolité a besoin de s’exprimer davantage. Nous sommes dans une marche, dans une progression. La créolité doit s’affirmer de façon, plus forte, plus large, plus précise. Défendre la créolité, c’est exprimer une identité ; c’est être bien avec soi-même pour être en harmonie avec les autres.
Vous faites beaucoup référence dans votre album à l’esclavage, aux ancêtres marrons, donc implicitement aussi à l’Afrique, par ailleurs, on dit de vous que vous avez la sagesse de feu Ali Farka Touré, artiste malien. Avez-vous eu l’opportunité d’aller sur le continent noir et d’y nouer des liens culturels ?
J’ai en effet eu l’occasion de me rendre à un festival musical au Zimbabwe où certains de mes titres ont fait écho, par exemple « Au nom de mes pères » ou « Granpèr té si mon zépol ». Les Africains disent trouver dans ma musique leurs racines et quelque chose de plus…
Tradition et modernité apparaissent comme le fil conducteur de votre album.
Deux notions en dualité ou en complémentarité ?
En complémentarité. Les gens qui ont marqué la culture réunionnaise ont innové et inventé quelque chose de nouveau. Entre tradition et modernité il faut savoir bien se placer ; on apprend chaque jour. Je prendrais comme exemple Alain Peters comme figure exemplaire. Il est nécessaire d’introduire beaucoup d’innovations dans les propositions musicales. Danyèl Waro également adopte une approche très élaborée.
J’en viens à vous demander la définition du maloya moderne ?
Il n’y a pas de définition. Pour moi, c’est plus un état d’esprit ; dans le maloya moderne, la tradition n’est pas exclusive. Ce qui touche au maloya est du domaine du ressenti. Ce n’est pas palpable.
Et le maloya kabosé ?
C’est un mot qui m’est venu comme ça !!! Ce mot est entré dans mon langage et à présent il définit ma musique. C’est un maloya qui n’est plus traditionnel et dont les formes ont évoluées. L’évolution est nécessaire. Aujourd’hui, il y a beaucoup de jeunes qui n’ont pas grandi avec le maloya. Faire évoluer le maloya est nécessaire aussi pour eux, pour leur permettre de faire le lien entre la tradition et la modernité.
Vous situez-vous dans la même mouvance que Tapok, Nathalie Natiembé, Jabotica ?
Je crois que nous avons tous un genre musical particulier, même si nous défendons tous l’esprit du maloya. Tapok par exemple fait du maloya que je qualifierais de rue et c’est très bien. Nous sommes chacun à notre façon, diverses facettes du maloya.
Quelle est aujourd’hui votre place sur la scène nationale et internationale ?
Sur la scène nationale, j’ai la chance de ne pas être seul. Dans le circuit World, mon genre a un caractère unique, à part, isolé. C’est un début, et il y a encore beaucoup à faire. La possibilité de s’exporter n’est pas gagnée d’avance, et quand on y parvient, il faut se donner les moyens d’y rester.
Votre expérience du Printemps de Bourges, quels enseignements en tirez-vous ?
Le Printemps de Bourges est une opportunité à ne pas négliger, pas une finalité. C’est un point de départ déterminant, un défi, un challenge. Aujourd’hui il n’y a plus de concours et c’est une ouverture supplémentaire au niveau de l’écoute et une belle occasion. Le vivier réunionnais commence à se faire entendre et c’est bien : Tapok a été salué en 2006 et Jabotica je crois bien cette année.
Quelles images de la Réunion souhaitez-vous transmettre à l’extérieur ?
Notez que j’emploie le français et le créole réunionnais.
Je souhaite transmettre la vision forte de l’île, à l’image de ses montagnes. Je souhaite également montrer que c’est une île qui veut aller de l’avant. L’image d’un lieu où diversité des individus et respect mutuel vont de pair me tient aussi à cœur. Chaque jour, des situations quotidiennes, bien qu’anodines, nous rappellent l’importance du passé et de nos racines. Je pense qu’il est important que les Réunionnais s’intéressent davantage à leur histoire.
Quelle est la place la culture à la Réunion ?
Dans le domaine musical, beaucoup de réflexions sont lancées. Il y a une véritable volonté d’inscrire la musique locale dans la durée et d’enraciner les choses. Les volontés sont politiques et artistiques. Par ailleurs, les artistes sont curieux, au sens positif du terme.
Vous allez vous produire très prochainement dans l’île.
Qu’allez-vous offrir à votre public ?
Ker Maron, bien sûr. Mais je prépare aussi des surprises qui viendront du cœur. C’est bon de pouvoir jouer chez soi et j’espère que les Réunionnais seront aux rendez-vous.
Je souhaite conclure en disant que j’ai la chance d’évoluer à l’extérieur. Il faut se donner les moyens d’être entouré. Je remercie tous ceux qui m’ont soutenu jusqu’ici, ma famille, mes amis. Les Réunionnais doivent croire en leur musique, ce n’est pas toujours facile mais on peut y arriver. Chaque jour on doit avancer et ne pas s’arrêter parce qu’on est arrivé. C’est une question d’honnêteté et de clarté avec soi-même.
Retrouvez Davy Sicard en concert à la Ravine de Saint Leu le 28 avril.
Réservations au 0262 34 31 38 ou directement sur www.lesechoir.com.
Retrouvez toute l'actualité de Davy Sicard sur : www.davysicard.com.
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12 juillet

