C’est au théâtre du Grand Marché à Saint-Denis, le refuge par excellence du théâtre local et régional qu’ont lieu les premières représentations de 39-Théât Kabaré. 39 met en scène, sur fond moderne, un « retour au pays natal » : l’esclavage, la haine, la violence, encore présents dans les cœurs métissés.
Cette création de la compagnie Baba Sifon, mise en scène par Florian Goetz, innove en matière d’engagement et emmène chacun vers la reconnaissance et la compréhension d’une violence trop souvent ignorée.
« Article 39 du code des îles de France et de Bourbon de 1723 » fil conducteur de la pièce, cet article rappelle la souffrance des esclaves et la violence qui en est ressortie. Le temps de l’esclavage a laissé à chacun une trace, une perception, une personnalité forgée au fil du temps, mais que le temps n’altère pas.
C’est au fil d’un dialogue émouvant que Séverine et Nathalie (Christine Salem et Nadège Narsou) deux amies du quartier des Camélias, exposent la violence insoupçonnée encore présente dans leurs âmes modernes. L’issue fatale montre à quel point la haine enfouie au fond de chacun est imperceptible et incontrôlable.
Ainsi cet article 39, décrétant « Voulons que les esclaves soient réputés meubles et comme tels qu’ils entrent dans la communauté », laisse un funeste héritage aux populations contemporaines.
La pièce est admirablement agrémentée de rythmes traditionnels locaux tels que maloya, ragga ou « romance » interprétées à merveille par les comédiennes. Ainsi, kayamb’, djembé remettent en place le contexte des ancêtres persécutés.
Le moment fort de la représentation réside dans la prise de conscience que chacun est encore attaché à ses racines et qu’il ne peut se défaire de son passé : « Ou tourne, ou vire, ou rode, ou ça ou vient ? Ou commence dan’ rond, ou fini dan’ rond » Ce fameux rond traduisant la posture initiale des esclaves, la posture actuelle des groupes humains : « On peut choisir de sortir du rond pour s’élever socialement mais il existera toujours au fond de nous » avouera Christine Salem en entretien avec le public.
Le but de cette création est avant tout de mettre en avant la question du mécanisme du mépris dans le couple maître / esclave et non, comme à l’accoutumée, le rapport de force établi. Ainsi la question « Kossa un soz ? » (Qu’est ce qu’une chose ?) revient souvent afin d’établir le véritable statut d’une non-personne, le néant. L’acceptation de ce que chaque être est devenu, passe par ce qu’il n’a pas pu être auparavant : « Le mépris est traduit dans l’expression de la violence mentale » explique Florian Goetz.
Ce jeune metteur en scène en est à sa quatrième création et semble conquérir le public grâce à une nouvelle façon d’aborder des thèmes connus.
Tout est réuni dans « 39 » : le charme local et pimenté des comédiennes plus qu’impliquées dans des rôles conçus spécialement pour elles, la mise en scène à la fois simple et parlante, la musique parfaitement appropriée et inévitablement, la possibilité de répondre à une question essentielle pour chacun : « Kossa un soz ? »
Le code noir est un recueil d’une soixantaine d’articles promulgués en 1685 sous le règne de Louis XIV, publié plusieurs fois notamment au XVIII è siècle. Il met en place toutes les dispositions régissant la vie des esclaves noirs dans les colonies des Antilles, de Guyane et de l’île Bourbon. Il a également pour objet l’expulsion des juifs. |

Expositions :
28 aout 31 aout

