Brigitte Grondin est la référence en matière de cuisine créole. La Réunionnaise d’origine édite son quatrième livre de recettes. « Du bonheur dans votre assiette » aux éditions Epsilon et 4 épices. Rencontre.
Runweb : Dans votre dernière et 4ème édition de septembre 2007 de votre livre « Du bonheur dans votre assiette », vous présentez un cahier de recettes exclusives avec les produits Pays Réunion. Expliquez nous vos motivations à un tel partenariat ?
Brigitte GRONDIN : J’aime mon île. De plus je suis une fille d’éleveur et d’agriculteur. L’idée de devenir un partenaire de la Fédération Régionale des Coopératives Agricoles (FRCA) de la Réunion était important. Je voulais soutenir leur projet et l’idée de mettre en place le label « Produit Pays Réunion ».
D’autant plus que vous utilisez ces différents produits depuis longtemps…
Tout à fait. Je ne pouvais qu’accepter leur offre de devenir partenaire. Dans mes recettes, je mets en avant les fruits, les légumes, la viande, le poisson péi. J’ai toujours fonctionné ainsi. Participer à ce projet est logique et suit ma démarche du manger mieux, manger créole. Indépendamment de mes livres de recettes, ce sont des produits que j’utilise tous les jours à la maison.
Comment fonctionnez-vous à la maison pour les courses ?
J’achète généralement peu. Du moins je profite des produits frais pour faire plusieurs fois par semaine mes courses. Comme je vous ai dit, je suis une fille d’éleveur. On a toujours mangé des produits de la cour. En somme des produits de qualité. On connaissait leur origine. Je prend rarement des produits congelés. Pour toutes ces raisons, j’ai donc accepté d’une part ce partenariat. D’autre part, il était aussi intéressant de créer de nouvelles recettes avec ces produits.
Avez-vous découvert de nouveaux produits parmi ceux labellisés « Produit Pays Réunion » ?
Les cheveux d’ange. Je ne les connaissais pas sous cette appellation. Pour moi, la viande hachée reste en quelque sorte de la viande hachée.
Ce partenariat vous a-t-il poussé à sortir une nouvelle édition en 2007 ou envisagiez-vous d’en sortir une quatrième ?
En fait, l’avant dernière édition « Du bonheur dans votre assiette » s’était bien vendue. On ne s’en était pas trop rendu compte. Il fallait donc en refaire. On a profité de l’occasion pour sortir une nouvelle édition. Puis la FRCA a certainement été au courant de ma nouvelle édition. Par le biais de mes éditeurs, elle a demandé si on pouvait créer des recettes en exclusivité avec ces produits. J’ai tout de suite accepté.
Comment êtes-vous arrivée à faire des livres de recettes ?
C’était une rencontre avec des copains Fabienne Jonca, Grégoire Olivero et Eric Robin. J’avais un restaurant dans la rue Pasteur à Saint-Denis à l’époque. Maintenant c’est le Zanzibar. Ils m’ont posé la traditionnelle question : « Pourquoi n’écris-tu pas un livre avec tes recettes ? ». Mais moi je n’ai jamais écrit de livre. C’est venu comme cela. Entre-temps Grégoire est entré en métropole et Fabienne est devenue mon éditrice jusqu’à la 4e édition. Pour ce dernier ouvrage, Eric Robin est devenu aussi l’éditeur en mettant en scène les pages, Hervé Douris s’occupant des photos.
Est-ce lourd à gérer la conception d’un tel livre ?
Mon travail s’arrête à faire les recettes et faire un peu le styliste pour la photo. Tout le reste, je fais confiance à mes partenaires. Mon rôle est de créer ces recettes et Dieu merci, cela ne m’est pas trop difficile. Je trouve toujours matière à inventer.
D’où vous vient cette envie de créer des recettes ?
Tout d’abord, il y a eu ma grand-mère maternelle qui cuisinait beaucoup. Elle faisait souvent des repas, des gâteaux pour toute la famille. Elle organisait la kermesse de la paroisse. On ne la voyait jamais rien peser. Elle connaissait par cœur les ingrédients et leur mesure. Quand j’étais petite, ma mère recevait beaucoup. Aujourd’hui je me rencontre que je suis exactement comme cela. J’aime recevoir à la maison et je pèse presque plus les ingrédients. Même encore maintenant, même si ma mère a quelques années de plus, elle continue à vouloir faire à manger le week-end pour une dizaine de personnes. J’ai toujours baigné là-dedans.
C’est non seulement du bonheur dans votre assiette mais aussi autour ?
Tout à fait. C’est aimer recevoir, créer une ambiance conviviale avec la famille ou les amis ou les deux. Le plaisir de faire plaisir.
Trouver de nouvelles recettes est un challenge pour vous ? Comment procédez-vous ?
J’ai la chance de pas mal voyager et de découvrir d’autres façon de cuisiner. Le secret est que j’aime cuisiner. J’ai deux passions : la cuisine et la peinture. Je dis souvent : je cuisine comme je peins et je peins comme je cuisine. L’inspiration vient avec la pratique. Je ne me rend pas compte en fait. Je sais que je suis très curieuse car je regarde toutes les émissions. Je lis des livres de cuisine. Voilà ce sont des idées, des couleurs, des flahs, des images que j’ai et après je les met en pratique.
Vous faites goûter avant de vous lancer ?
Non. C’est comme quand je peins. Je crée véritablement une recette. ça plait ou pas. Ce sont mes enfants qui m’ont fait prendre conscience de cela. Ma fille qui avait 8 ans à l’époque de la première édition a embarqué mon livre avec elle en métropole. Un jour, elle m’indique qu’elle a suivi une des mes recettes et elle me demande comment j’ai su qu’il fallait mettre tel ingrédient plutôt qu’un autre. Je ne savais pas trop comment expliquer vraiment. Je le savais au fond de moi.
Est-ce un don ?
Cela fait en tout cas partie de moi. Quand je crée ma recette, je vois dans ma tête ce qu’il faut mettre. C’est exactement quand je peins un tableau. Je vois déjà les couleurs, l’image et le résultat final. Je sais à l’avance si ma recette va tenir la route ou pas. Je ne goûte jamais. Je crée tout simplement.
Et la cuisine des autres ?
Quel plaisir de manger, de s’installer à table… J’adore aussi bien la grande cuisine que la simplicité. Je ne suis vraiment pas compliquée.
Etes-vous une gourmande ou un épicurienne ?
Je dirais plus épicurienne pour le plaisir du goût, le plaisir de découvrir ce que les autres ont mis dans leur cuisine, comment ils ont fait.
Pour les fêtes de fin d’année, quel est votre conseil ?
Toutes les recettes à base de letchis sont incontournables ! Le mélange sucré-salé est de rigueur. La viande avec letchi est une saveur extraordinaire. En mettant des letchis, on rend plus fin, plus luxueux un plat de viande.
Propos recueillis par Véronique Tournier
Décembre 2007
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